À vélo pour l’école : repenser la ville à hauteur d’enfant
Tout a commencé par un problème très concret. Lorsque mes enfants aînés étaient petits, les vélos cargo n’existaient pas encore — du moins pas à Rome — et ainsi, bien que j’étais déjà une cycliste urbaine et que je savais que le vélo était le bon choix, je me retrouvais à les emmener à l’école en voiture par manque de temps, même si la distance n’était que de 2 km depuis la maison. À chaque fois, je ressentais de la culpabilité : je savais qu’il existait une meilleure solution, mais je n’arrivais pas à la mettre en pratique.
Lorsque mon troisième enfant est né, j’ai décidé que les choses devaient changer. Je voulais l’emmener à l’école à vélo. À l’époque, se déplacer à Rome avec un enfant à vélo était considéré comme une sorte d’exploit risqué — mais se déplacer ensemble, en groupe, avec d’autres parents et enfants, changeait tout : c’était plus sûr, plus simple et surtout beaucoup plus amusant.
C’est ainsi qu’est né un petit groupe de parents qui s’est mis en tête d’essayer d’emmener leurs enfants à l’école à vélo. Pendant la Semaine européenne de la mobilité durable, une cinquantaine d’enfants et d’adultes se sont retrouvés pour pédaler ensemble jusqu’à l’école, escortés même par un groupe de policiers à vélo.
L’expérience s’est si bien passée que nous avons décidé de la répéter : d’abord une fois par mois, puis de plus en plus souvent. Mais dès ces premières rencontres, l’objectif réel était clair : nous n’avions pas besoin d’une escorte pour nous sentir en sécurité, nous avions besoin de rues pensées aussi pour les enfants — des pistes protégées, des zones à trafic limité, des itinéraires reliant écoles et places publiques, des vitesses réduites pour tous.
Ce qui n’était au départ qu’une matinée différente, festive et exceptionnelle, est devenu au fil des années la graine de quelque chose de plus grand. À partir de ces premières balades à vélo vers l’école, j’ai compris quelque chose qui a changé ma façon de regarder les villes : le point de vue des enfants sur la mobilité et l’espace urbain devrait être au cœur de la planification. Ce n’est pas seulement une question de sécurité — c’est un changement de perspective qui nous fait du bien à nous aussi, adultes, car il nous rend plus créatifs, plus optimistes, plus capables d’imaginer un avenir désirable.
C’est de ce changement de regard que naît aujourd’hui mon intérêt pour l’espace public comme lieu de soin, de jeu et de relation pour les enfants — non pas seulement comme un espace à rendre « sûr », mais comme un espace à réinventer avec eux, à partir de leurs yeux, de leur hauteur, de leur manière d’habiter la ville. C’est ce même regard qui guide aujourd’hui mon travail avec Streets for Kids : porter cette perspective, née d’un matin à vélo à Rome, au cœur des politiques urbaines à travers toute l’Europe.
Anna Becchi
Anna Becchi est la responsable de la campagne Streets for Kids au sein de Clean Cities Campaign et la présidente de l’association ASD Bike to School à Rome (Italie). Engagée depuis plusieurs années pour des villes plus sûres, inclusives et adaptées aux enfants, elle travaille à promouvoir des rues apaisées et des mobilités actives, notamment autour des écoles.
À travers son action, elle défend une vision de l’espace public centrée sur les besoins des plus jeunes, où marcher et faire du vélo deviennent des choix naturels et sécurisés au quotidien. Son travail relie plaidoyer, action de terrain et sensibilisation citoyenne afin d’accélérer la transition vers des villes plus respirables et plus vivables pour tous.
