Pourquoi j’aime encore me perdre à vélo
J’aime découvrir la France à vélo. Pas forcément celle des grandes véloroutes balisées, des itinéraires tout tracés. Pas seulement celle que l’on traverse.
Ce qui me plaît, c’est ressentir le territoire. A hauteur de guidon, il prend une autre dimension : les distances changent, les détails apparaissent, les imprévus prennent le dessus. Le voyage à vélo ouvre sur des rencontres, des détours, des stops improvisés à la terrasse d’un café.
A vélo on va moins vite qu’en voiture, certes. Assez vite malgré tout pour ressentir une forme de liberté, mais suffisamment lentement pour observer. Un détail architectural. Un tapis de fraises des bois. Une place de village animée. Un point de vue qui se mérite.
D’autant qu’aujourd’hui, tout nous pousse à planifier : plateformes de réservation, applications de guidage, recommandations permanentes…, on ne laisse plus grand-chose au hasard. On a déjà « fait » le voyage avant l’heure. On « optimise ».
Même si j’aime que les choses soient cadrées, paradoxalement, ce que j’apprécie justement à vélo, c’est accepter de ne pas tout maîtriser. S’arrêter plus longtemps que prévu. Changer de route. S’abriter. Chercher à s’alimenter. Une forme de lenteur sous contrôle, sans vouloir tout contrôler.
Je ne suis ni une QOM accro aux kudos, ni une bikepackeuse de l’extrême, ni une cycliste du quotidien, mais un petit peu de tout cela à la fois. Je roule pour voir ce que l’on ne voit plus quand tout va trop vite.
Karine Lassus
Karine Lassus est consultante indépendante et fondatrice de SYKKLE. Spécialisée dans les politiques cyclables, l’urbanisme et les récits territoriaux, elle accompagne depuis plus de vingt ans collectivités et acteurs du vélo dans leurs stratégies de mobilité et de communication. Passionnée par le voyage à vélo et les territoires, elle œuvre à promouvoir une culture cyclable plus accessible et sensible.
