Quel lien partage-t-on vraiment avec son vélo ?

Quel lien partage-t-on vraiment avec son vélo ?

On se souvient tous de son premier vélo.

Cette première sensation de liberté, la découverte de l’autonomie. Cette impression étrange, enfant, d’avoir soudain le monde un peu plus grand devant soi. Puis le lien se construit doucement, à mesure que l’on grandit. Le vélo continue de nous permettre de nous échapper quelques heures des contraintes, du bruit et des obligations de nos vies d'adultes. Retrouver un peu d'insouciance enfantine, c'est un peu notre terrain de jeu.

Avec le temps, il devient bien plus qu’un simple moyen de rouler.

Il nous construit : mentalement, physiquement et parfois même humainement au gré des rencontres sur la route. Mon vélo m’a permis de me reconstruire pendant un burn-out. Pas de médicament, juste l'obligation de rouler tous les jours pour faire taire ma tête et réveiller mon corps. Ce sport m’a élevée physiquement, bien sûr, mais aussi intellectuellement et émotionnellement.


Il m’a appris la résilience, l’effort, la patience, l'humilité. Cette capacité étrange à continuer d’avancer même lorsque certaines périodes de vie semblent beaucoup trop lourdes à traverser. Au début, pourtant, je ne comprenais pas ce que les autres trouvaient au vélo. Je trouvais ça difficile, ingrat. Impossible de caler mon souffle de manière régulière. Et puis, doucement, quelque chose change. Le vélo cesse d’être simplement un sport. Il devient un partenaire de route, notre refuge silencieux. Avec le temps, il finit presque par devenir un prolongement de soi.

On connaît ses réactions, ses bruits, sa manière de répondre quand on relance.

On reconnaît immédiatement une vibration inhabituelle, un changement de sensation, comme on reconnaîtrait quelque chose chez quelqu’un de proche. On lui demande de tenir dans les pavés, de ne pas nous lâcher dans les cols. Parfois on l'insulte dans les murs à 15 % et on le supplie de rester stable dans les descentes lorsque l’adrénaline prend le dessus.

On lui parle parfois, on lui sourit aussi et rien que le fait de le voir suffit déjà à nous apaiser.
Le vélo devient alors une forme de sas de décompression. Un endroit où l’on peut déposer nos trop-pleins d’émotions, nos colères, nos peurs et tout ce que l’on garde enfoui le reste du temps. On peut tout lui confier et il nous apporte cette sensation étrange d’être à la fois épuisé physiquement et profondément apaisé mentalement. Au fond, nous partageons énormément avec lui. Nos premières ascensions, nos descentes parfois chaotiques, nos moments de solitude, nos reconstructions silencieuses, nos petites victoires que personne voit vraiment.

Il devient le témoin discret de certaines versions de nous-mêmes que très peu de gens auront connues. Je crois que c’est pour cela que les cyclistes développent un lien si particulier avec leurs vélos. Parce qu’au fond, nous ne sommes jamais attachés uniquement à un objet. Nous sommes attachés à tout ce qu’il a porté de nous.

Et peut-être que c’est là que cette relation devient si particulière, parce qu’au-delà de l’objet et du sport, elle nous élève.
Et aujourd'hui encore, lorsque je pars rouler tôt le matin, il m'arrive de penser à cette version de moi-même qui est montée sur un vélo presque par hasard.

Je crois qu'elle ne savait pas encore qu'il allait lui sauver la vie.

© Bénédicte Michaux

BÉNÉDICTE MICHAUX

Bénédicte Michaux est la fondatrice de Va Bene Cycles, structure dédiée à la mécanique vélo, à la formation et à la mobilité douce, basée à Lyon. Mécanicienne cycles et formatrice, elle accompagne particuliers et organisations vers une pratique du vélo plus autonome et accessible.

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