Trouver l'équilibre en tant que femme à vélo
Lorsque ma famille et moi avons quitté Vancouver, au Canada, pour nous installer à Delft, aux Pays-Bas, en 2019, il ne nous a pas fallu longtemps pour nous adapter à notre nouvelle vie néerlandaise. Nous avons rapidement profité des nombreux avantages qu'offre une installation, non seulement dans un pays plus petit, mais aussi dans une ville à taille humaine. Pour ma part, ce nouveau rythme de vie a été particulièrement libérateur.
Depuis mon retour au travail à temps plein en 2016, je marchais sur le fil de la maternité active : concilier un emploi, l'écriture d'un livre, tout en prenant soin de deux jeunes enfants et en organisant leur quotidien. Malgré le soutien constant de mon mari au fil des années, la réalité est que, depuis la naissance de notre premier enfant, j'ai assumé la plus grande part des tâches liées à l'éducation de notre famille. J'ai d'abord été mère au foyer pendant plusieurs années, puis j'ai travaillé à temps partiel, en essayant d'équilibrer ma carrière avec la vie bien remplie de mes enfants. Pourtant, quelques mois seulement après notre installation à Delft, j'ai eu l'impression qu'une partie de ce poids s'était envolée. Le contraste entre mon ancienne vie et ma nouvelle est devenu saisissant, voire réjouissant.
Ce n'est pas que notre quotidien ait radicalement changé. Les grandes responsabilités de la vie étaient toujours les mêmes. Mais j'ai découvert que les petites choses, accumulées jour après jour, pouvaient transformer profondément le bien-être émotionnel.
À Vancouver, une journée de travail typique commençait par le réveil, la douche, la préparation des enfants pour l'école, puis un trajet de trente minutes à vélo jusqu'au bureau. La journée se terminait souvent par un arrêt sur le chemin du retour pour acheter les ingrédients du dîner. En revanche, lorsque j'ai commencé à utiliser le vélo pour tous mes déplacements à Delft, j'ai retrouvé, pour la première fois depuis la naissance de mes enfants, un sentiment de liberté comparable à celui que je connaissais auparavant. Je ne passais plus mon temps à traverser la ville pour répondre aux besoins de ma famille. Au contraire, une succession de courts trajets répartis tout au long de la journée me permettait de profiter de la ville à un rythme paisible et de retrouver une souplesse de vie que j'avais depuis longtemps oubliée.
L'autonomie de mes enfants dans ce nouvel environnement de mobilité — capables d'aller seuls à vélo jusqu'à l'école en toute sécurité dès l'âge de 10 et 12 ans —, associée à un accès facile à tous les services du quotidien, sans détours pénibles, s'est révélée être la combinaison idéale pour parvenir à une répartition plus équitable des tâches au sein de notre foyer. Je suis ainsi passée du rôle de principale exécutante à celui de première bénéficiaire de cette nouvelle organisation.
Ce n'était pas seulement cette diminution des responsabilités et cette plus grande flexibilité qui me réconfortaient. Depuis le jour où j'ai décidé, il y a plus de dix ans, de me déplacer principalement à vélo, j'avais appris à connaître le sentiment d'isolement que peut ressentir une femme dans un univers largement dominé par les hommes. En Amérique du Nord, malgré les nombreux progrès réalisés, la pratique du vélo demeure encore un « club de garçons ». Même dans une ville comme Vancouver, pourtant engagée dans le développement d'infrastructures cyclables accessibles à tous les âges et à tous les niveaux de pratique (AAA, All Ages and Abilities), il n'était pas rare d'être l'une des rares femmes à emprunter les pistes cyclables. Je me retrouvais souvent dans une situation de grande solitude.
Je ne me souviens plus exactement quand cela s'est produit, ni quelles circonstances ont pu déclencher cette émotion. Mais peu après notre arrivée à Delft, je me suis retrouvée submergée par l'émotion. Non pas parce que mon pays me manquait ou que j'étais inquiète pour mon travail, mais parce que, tout simplement, je n'étais plus seule.
En faisant mes courses à vélo dans Delft, je croisais des mères accompagnées de leurs enfants, des femmes en jupe et en talons se rendant à des réunions professionnelles, des adolescentes roulant ensemble, de jeunes étudiantes allant à l'université, ainsi que des grands-mères profitant d'une promenade à vélo l'après-midi. Ce n'était pas une ou deux femmes aperçues au fil de la journée, mais des centaines de femmes à vélo. Au lieu d'être « cette femme en robe sur son joli vélo » ou « la maman à vélo », je n'étais plus qu'une parmi des milliers de femmes circulant à bicyclette dans la ville. C'était une chose tout à fait normale, presque banale.
Être une « militante du vélo » est un rôle que j'ai accepté avec enthousiasme, parce que je voulais améliorer les choses, non seulement pour ma fille, mais aussi pour toutes les femmes. Ici, à Delft, j'ai ressenti un immense soulagement : je n'ai plus besoin d'endosser ce rôle chaque fois que je franchis le seuil de ma porte. Cette simplicité et ce plaisir font désormais partie de mon quotidien, et je peux consacrer cette énergie retrouvée à encourager davantage de villes à faire du vélo une expérience libre, agréable et accessible aux femmes, partout dans le monde.
-Ce texte est un extrait adapté du chapitre The Feminist City, tiré de l'ouvrage Curbing Traffic: The Human Case for Fewer Cars in Our Lives.-

Melissa Bruntlett
Melissa Bruntlett est directrice de Modacity Creative, un cabinet de conseil et de communication spécialisé dans la mobilité durable, les villes cyclables et l'aménagement urbain à échelle humaine. À travers des conférences, des formations, des ateliers et des projets de sensibilisation, Modacity Creative accompagne les collectivités, les organisations et les entreprises dans la conception de villes plus sûres, plus inclusives et plus agréables à vivre, où les besoins des personnes sont au cœur des politiques de mobilité. Autrice et conférencière, Melissa Bruntlett met à profit son expérience personnelle et professionnelle pour promouvoir des modèles urbains favorisant l'équité, la santé, le bien-être et la qualité de vie.
